MONTECRISTO

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Montecristo

fontaine Wallace
Au début des années 90, j’habitais au Bout du Bois, ... si si, ça s’appelait comme ça, le Bout du Bois, à Montjavoult, dans l’Oise, aux confins du Val d’Oise et de l’Eure. J’avais commencé ma carrière douze ans plus tôt, en région marseillaise, où se trouvait ma 2e école de photo, d'où on m’avait viré, délit de non-prolétariat. C'est amusant non, il fut un e époque où on pouvait me considérer comme un suppôt de la bourgeoisie. Quoi qu'il en soit, je m’en trouvais précipité dans une cascade, une dégringolade qui n’en finissait plus, mais après avoir touché le fond je ne pouvais que remonter, vers le nord, Paris, avec un dégoût du pastis et content d’avoir enfin des vaches dans le paysage.

J’étais au Bout du Bois. Il y eut trois ans vertigineux, ma carrière prenait enfin corps, et la femme de ma vie traversait l’océan pour me rejoindre. Je me souviens d’un temps intense et de lumières langoureuses dans une époque incertaine. La politique encore vint tout chambouler. Georges Bush premier s’embrouillait avec Saddam, et l’économie y mit du temps, mais finit par vaciller. Du coup, les histoires que je croyais avoir noyées dans les profondeurs des calanques aux environs du Chateau d’If, refaisaient surface.

Mon amour américain avait le mal du pays, et j’en avais soupé. la messe était dite, je m’en allais, pratiquant l’éloge du Professeur Laborit. Ma destination : l’Amérique, ma dulcinée allait m’épouser. Juin 1993.

L’Amérique, j’en suis revenu, façon de parler, mais les années 90 y furent un enchantement. Je ne sais pas si l'on s’habitue vraiment à tout, je crois que je ne m’y ferai jamais vraiment.
Paradiso Disparuto


Cette époque, au Bout du Bois, fut une époque charnière, un entre-deux, entre la Provence et le nouveau monde, entre un lieu chargé d’un atavisme d’adversité que les lecteurs de Giono connaissent, et un continent qui mérite relativement bien son image d’ouverture. C’est le thème de ce Montecristo, une visite photographique du chemin parcouru, un regard rétrospectif qui aurait pu s’intituler
“20 ans après”.

Mon travail a subi une évolution certaine depuis le Bout du Bois, et à fortiori depuis mes années provençales, mais on peut voir le parallèle stylistique entre mon parcours parisien et mes débuts américains, notamment le penchant pour le noir et blanc colorié dans les années 90, un style qui convient bien au Nord de la France, mais aussi à l’Americana, et que je conçois comme une dérive de la colorisation chimique par virages que j’ai beaucoup pratiquée dans les pas de mon maître, Denis Brihat, dont Paradiso Disparuto est techniquement l'un des tirages les plus proches.
Vérité


Le tout s’articulant autour de la charnière photographique Dans les Moments de Vérité, une photographie que je n’aurais pas prise sans ma bien-aimée et son regard écœuré à la vue de cette scène, qui me révélait dans toute sa force, un coin du choc culturel que je vis depuis, à l’envers.